Une discussion avec le créateur d’Olga

Mike Martin est le concepteur d’Olga, le premier kit de structures prêt à l’emploi, spécialement conçu pour le vidéo mapping. Comment est née cette collaboration avec HeavyM ? Quel a été le processus de création pour faire d’Olga un support parfaitement adapté à la projection ? Entretien avec son créateur.

 

Pour s’intéresser au vidéo mapping, il faut aimer le son, l’image et leur relation avec la scène. Comment t’es-tu rapproché de cet univers ?

Mike : Je suis né dans les années 80 et j’ai grandi avec la culture ravequi s’est répandue en même temps que la musique électronique. J’ai d’emblée été très intéressé par ces nouveaux phénomènes. La réflexion sur la décoration des événements, et plus spécifiquement le vidéo mapping, s’est développée dans ces années-là. Mon premier souvenir marquant remonte à mes 18 ans : nous avions avec un groupe d’amis fait pas loin de mille kilomètres pour assiter à un grand festival près de la frontière espagnole, sur une plage avec plus de 50 000 personnes. Ce fut le point de départ de ma participation aux festivals et de mon début d’activité dans la scénographie.

 

Et depuis ? La scénographie a toujours fait partie de ta vie ?

M : J’ai toujours aimé l’espace et j’ai trouvé dans la scénographie la possibilité de le modifier, le recréer, le sublimer, à travers ma vision. C’est un peu la même idée que les enfants qui construisent leurs cabanes dans le jardin.
La première fois que j’ai fait de la scénographie, c’était en 2006 pour les Hivernautes, un festival à Quimper. Je ne souhaitais pas une installation trop précaire ou rudimentaire et au final, l’habillage du stand a pris des proportions énormes. J’avais même conçu un chemin au milieu pour permettre la déambulation. Ça a été ma première expérience de DIY en scéno.

 

Comment t’est venue l’idée de créer des formes en triangles comme surface de projection ? Tu rêves en polygones ?

M : C’est le running gag en soirée de dire que j’ai inventé le triangle mais je démens ! (rires) En fait, j’avais réalisé l’installation pour le festival de Quimper en akylux, un matériau pauvre, très délaissé, qui servait principalement à faire des panneaux de communication sur des chantiers. J’ai décidé de le détourner dans la scénographie et c’est devenu mon matériau de base. Le problème, c’est qu’à chaque fois que je proposais cette installation en akylux, je concevais la scénographie purement à l’instinct puis tout partait à la poubelle lors du démontage… En plus, à cette époque, j’habitais à Paris dans un petit appartement sans atelier donc pour continuer à travailler sur des projets aussi importants, il a fallu que je trouve un autre système. C’est à partir de cette nécessité que j’ai pensé à découper les formes en triangles de même taille. L’idée était de réutiliser la même matière pour la prochainen installation. A la base je suis designer produit, et cet exemple illustre comment l’analyse des contraintes peut parfois contenir la solution.

 

Et c’est comme ça qu’Olga est née ?

M : Pas encore, patience ! À cette époque je travaillais sur des grandes scénos pour de nombreux festivals. Un jour, j’intervenais sur Vision’R, un festival de VJing où le mapping a considérablement fait évoluer les choses. J’ai rencontré 3 jeunes qui développaient leur logiciel et qui m’ont parlé de leur projet parce qu’ils avaient apprécié mes réalisations. Je me souviens qu’Étienne m’a dit : « Ce serait sympa de faire un featuring pour créer une installation plus petite, pour de plus petits espaces. »
Moi aussi, j’avais déjà dans l’idée de développer des objets que les gens pourraient s’approprier, pour un public plus amateur. On voulait créer un produit esthétique et simple, accessible, que tout le monde pourrait monter chez soi et s’en servir comme support de mapping. C’est ainsi qu’a commencé notre collaboration. Je voulais que le produit se suffise à lui-même, qu’il soit esthétique même quand le vidéo projecteur est éteint. Pour HeavyM, c’était important qu’il soit adapté à un usage en lieux publics et facilement installable. Léger, ignifugé, compact et modulable, voilà les grandes lignes directrices à la création d’Olga.

 

Œuvre d’art, scénographie, design : c’est quoi Olga pour toi ?

M : L’art a forcément un caractère unique alors que le design c’est l’inverse : c’est l’idée de la série.
Olga est un objet de décoration, avec une vocation supplémentaire : être utilisé pour créer une scénographie. Je ne me considère pas pour autant comme un designer parce que je ne produis pas assez de séries. J’ai du mal avec les étiquettes, je ne dirai pas que je suis un artiste ou un designer mais plutôt « un bidouilleur ».

Est-ce que tu aurais imaginé qu’autant d’Olga soient vendues à travers le monde ?

M : Pas une seconde ! La première Olga est sortie d’usine en décembre 2015 et c’est le lancement de la campagne Kickstarter, 6 mois auparavant, qui a propulsé les ventes à une plus grande échelle. Ça a été hallucinant, une claque monumentale !
Quand les fondateurs de HeavyM ont lancé le Kickstarter, Olga était encore un prototype. Au bout de 36h ils avaient déjà raflé les 100% et j’avais une centaine d’Olga en précommande. Tous les matins, j’allais checker la campagne pour voir l’évolution. Au final, nous avons eu à 300 pièces à sortir !
C’était assez fou de me dire que mon produit allait traverser l’Atlantique… On en a vendu au Japon, en Australie, en Nouvelle-Calédonie, à Houston, etc. C’était « Olga all over the world », ça dépassait la sphère des amis et de mon petit milieu.

 

C’est ce qui t’a plu dans ce projet ?

M : Oui beaucoup, de démocratiser ce concept et de rendre le mapping accessible aux artistes amateurs. Ce que j’adore, c’est que les utilisateurs postent leurs vidéos avec des montages auxquels je n’aurais pas songé. Ils ont utilisé Olga en fonction de leur créativité, avec des formes que je n’aurais pas imaginées et que je trouve super. À Houston, une agence a commandé un kit et l’a trouvé tellement génial qu’elle a recommandé 18 kits supplémentaires directement. Ils ont conçu une installation monumentale avec 19 kits !

 

\D’ailleurs, Olga ça vient d’où ?

M : À chaque fois que je trouve un nom pour une création, je pioche chez les constructivistes russes, un mouvement des années 20 qui prône la simplicité. Olga Rozanova c’est une artiste de ce mouvement.
Dans les pays de l’Est, il y a un graphisme qui me touche. C’est là où je trouve mes inspirations. Le design allemand, la peinture russe sont mes références. L’esthétique noire, brute, sombre me plait énormément.

 

Büro23 feat HeavyM, ça continue en 2017 alors ?

M : Bien sûr ! De nombreux projets de scénographies sont en cours ! Je ne peux pas encore trop en parler mais nous envisageons de nouvelles formes avec des kits de tailles différentes. Et puis je continue aussi à développer des projets perso avec Büro23, notamment un composteur bien particulier…

 

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