Origins IV : Les années 1960

 

Cette rubrique est un espace d’inspiration, d’histoires insolites autour des influences du vidéo mapping. Pour ce quatrième article, HeavyM a sélectionné pour vous des inventions originales et des concepts de pionniers, à la recherche d’une communion entre la lumière et le son.

 

Les années 1960 sont marquées par un rayonnement socio-culturel des Etats-Unis et du Royaume-Uni sans précédent avec d’un côté, la diffusion de l’American Way Of Life et de l’autre, la contre-culture incarnée par le mouvement hippie. La contre-culture installe un terrain fertile à de nouvelles formes de divertissement : des spectacles aux vibrations sonores et lumineuses inédites se développent, autour de thèmes comme l’amour, l’hédonisme, la fraternité, l’harmonie avec la nature, la vie en collectivité et l’accomplissement personnel. Un art de vivre alternatif, dopé par l’usage de psychotropes, se déploie essentiellement à New York, San Francisco et Londres, véritables foyers de la contre-culture.

 

Peace symbol

 

C’est dans ce contexte qu’apparaît le psychédélisme, un mouvement artistique fondé sur les corrélations entre les sens et les activités psychiques, ouvert à la plénitude de l’expérience audiovisuelle, qui entraîne la naissance d’un style de musique libérateur combiné avec un langage visuel nouveau : le liquid light show.

Les Liquid Light Shows désignent les premiers spectacles où le light art s’associe à la musique folk / rock et aux performances d’avant-garde. Tels des visuels émotionnels, ils fonctionnent sur un principe d’amplification optique : une mosaïque d’éléments (graphiques et en direct) parfaitement entrelacés, en flux constant avec la musique. Le matériel peut être très basique (quelques huiles colorées dans des cadrans d’horloge) ou très sophistiqué (opérateurs, projecteurs de films et de diapositives, roues chromatiques,encres liquides, cristaux de verre …)

Let’s have a look at the artists who invented these mesmerizing shows to accompany the greatest bands of the 60’s such as Jimi Hendrix, The Doors, Cream, Led Zeppelin, Janis Joplin, Jefferson Airplane, The Who, Santana, The Grateful Dead , The Velvet Underground …

 

affiche

Affiche pour l’un des premiers Liquid Light Show de rock psychédélique Bill Ham, Liquid Sound Dimension, 1965, Fillmore East, New York

 

Aux Etats-Unis

> Marc L. Rubinstein, le compositeur visuel

Ce musicien a eu l’idée de différencier son groupe de rock des autres en concevant son propre éclairage : des boites lumineuses avec quelques spots colorés, contrôlés par un panneau de gradateurs et de commutateurs pour créer une lumière clignotante. En 1965, au Fillmore East de New York, il produit son premier spectacle, le Pig Light Show. Il obtient un tel succès qu’il travaillera à partir de ce jour davantage pour les groupes de musique en vogue que pour le sien !

 

Poco on stage

Poco sur scène avec Pig Light Show. Source Blues.gr

 

> Glenn McKay, l’artiste de la lumière

Peintre expressionniste abstrait, il est très vite inspiré par la technique des projections de lumière liquide colorées. Il souhaite éclabousser les scènes de San Francisco au rythme du rock’n’roll live : « J’ai vu que je pouvais peindre avec la lumière plus grand que je ne le ferai jamais sur une toile. Je peux ainsi tout expérimenter et le travail est totalement évolutif ». Il a interprété ses tableaux de lumière – un paysage palpitant de formes et de couleurs toujours changeantes – comme accompagnement visuel des chansons rock les plus connues.

 

Jefferson Airplane, We can be together/volunteers, 19/08/69

 

> Bill Ham, l’expressionniste cinétique abstrait

Diplômé des Beaux-Arts, il passe 5 ans à San Francisco dans son studio, à expérimenter toutes sortes de techniques où il finit par intégrer la lumière et l’électricité. Pionnier de l’éclairage cinétique, il construit un mur de lumières programmé pour fonctionner indéfiniment. En 1965, ce mur intitulé Liquid Light Dimension, est installé au Red Dog Saloon, Virginia, Nevada : c’est le premier spectacle rock’n’roll de lumière psychédélique.

 

50e anniversaire The Charlatan’s – Bill Ham Light Show au Red Dog Saloon, 21/06/2015

 

> Joshua White, pionnier de l’expérience psychédélique

Il a étudié le génie électrique, l’éclairage théâtral, la technique des lanternes magiques et la réalisation de films. Le Joshua Light Show est basé sur quatre fondamentaux : projection de couleur pure, imagerie concrète, variété d’effets de couleur et mise en forme de la lumière. Renommé pour son art psychédélique, interactif et multi-sensoriel, ce spectacle a servi de toile de fond aux représentations de groupes de rock les plus célèbres. C’est la première fois qu’un véritable éclairage scénique est proposé et pas uniquement un spectacle lumineux. Découvrez Joshua White dans cette interview

 

Filmore East Shots courtesy Joshua Light Show

 

Au ROYAUME-UNI

 

La contre-culture à Londres s’exprime dans le mouvement UK Underground issu de la Beat generation, très concentré dans les quartiers Ladbroke Grove et Notting Hill. Les spectacles psychédéliques sont marqués par un univers graphique très fort et très axés sur l’innovation technique, grâce à des outils complexes, des lentilles et des prismes très performants.

 

> Mark Boyle & Joan Hills, Le Laboratoire Sensuel

Ils présentent en 1966 au Cochrane Theatre de Londres le spectacle Son et Lumière pour la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau : l’éclairage est révolutionnaire au vu du nombre de réactions chimiques et physiques projetées sur l’écran, entourées de divers sons enregistrés.

Les éléments de ce spectacle de lumières évoluent rapidement car Mark forme avec Joan (qui deviendra son épouse) Le Laboratoire Sensuel et les collaborations musicales s’enchaînent. En 1967, Mark a breveté une machine avec un écran sensible qui pouvait diviser trois couleurs sur toute surface de projection et transformer cette lumière en son.

 

Son et Lumière pour la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau

Reconstitution pour l’exposition « Révolution 1968 » de Varsovie, Zacheta, 2008

 

> Mike Leonard, l’architecte de la lumière

Il est enseignant en art et architecture à l’école Polytechnique de Londres et héberge pendant un temps le groupe Pink Floyd naissant. Avec eux, Mike Leonard expérimente un système d’éclairage synchronisé avec la musique, projetant des formes mouvantes qui vont devenir emblématiques de l’image de Pink Floyd et de l’univers de la scène psychédélique au Royaume-Uni. D’un côté, le professeur fabrique des machines à projection de lumière avec des assemblages élaborés (projecteurs, lentilles, moteur rotatif et feuilles de cellophanes colorées). De l’autre, les étudiants jouent de leurs instruments et s’inspirent des formes affichées sur les murs pour créer bientôt de nouveaux effets sonores. Quand l’image est la muse de la musique…

 

Improvisation Instrumentale Pink Floyd , Liquid Light Show Mike Leonard, 1967

 

Light Fantastic, documentaire avec Mike Leonard, 1968

 

Concluons cet épisode par le cinquantième anniversaire du Summer of Love 1967, événement symbolique de la contre-culture hippie qui a rassemblé des milliers de jeunes du monde entier. En 2017, San Francisco a organisé un bel hommage, témoin d’une contribution spirituelle et esthétique qui inspire encore aujourd’hui !

De nombreux événements ont marqué la ville tout l’été, notamment : 

Le musée des Beaux Arts, avec le programme The Summer of Love Experience: Art, Fashion, and Rock ‘N’ Roll, a invité Bill Ham à exposer

 

an Francisco Light Fantastic, documentaire avec Mike Leonard, 1968

 

Le conservatoire des Fleurs, dans le parc du Golden Gate, a été illuminé pendant plusieurs mois par Photosynthesis, le projet du studio Obscura Digital, collectif d’artistes et de techniciens spécialisé dans les expériences immersives impressionnantes qui, aujourd’hui, utilise bien sûr… le vidéo mapping !

 

Le conservatoire des Fleurs, ‘Summer of Love’, Obscura Digital, San Francisco, 2017

 

– Séverine pour HeavyM Team

A ton tour de plonger ton événement dans une atmosphère visuelle impressionnante

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